Intacte

C’était le cœur brisé que je contemplais ce matin ma magnifique branche d’orchidée, lourde de bourgeons qui, il y a seulement un jour encore, semblaient si prometteurs. Hier, en voulant la soutenir à l’aide d’un tuteur, j’ai cassé cette branche, vlan! d’un coup sec et irrémédiable. Ma main semblait aussi incrédule que moi devant le poids de ce crime insensé. Je me faisais une telle joie de voir ouvrir sous peu ces superbes trésors quotidiens, pulpeux, colorés et intrigants, supposément des fleurs mais en réalité de petites fées en robe de bal dansant dans ma cuisine.

Sur le coup, je me suis empressée de sortir le matériel d’urgence, des cure-dents et du ruban adhésif, et de fabriquer une attèle pour ma plante chérie, espérant l’impossible, lui parlant doucement, lui demandant pardon de l’avoir amputée de sa splendeur.

Donc, en me levant ce matin, je scrutais avec le regard du chirurgien ma belle orchidée, surveillant des signes de vie ou de mort chez elle, le cœur en deuil. Les bourgeons semblaient toujours dans le même état, ni plus desséchés, ni guéris. Alors le diagnostic est tombé durement: « Ça y est, je l’ai tuée. » Et du coup, j’entends le chirurgien en chef, Zarathoustra qui me dit : 

« Elle  n’a aucun chagrin, elle n’est même pas brisée. En elle, toute sa splendeur est intacte et elle recommencera une tige, des bourgeons et des fleurs sans aucun signe de découragement, car c’est dans sa nature de fleurir. Seulement les apparences sont changées. Il en va de même avec les gens. Lorsqu’un malheur s’abat sur un être humain, à la source et fondamentalement il reste entier, divin, unique et intact. Il n’y a que la perception humaine conditionnée qui fait en sorte que celui-ci est ‘brisé’. Diriger notre conscience sur l’intégrité de l’être au lieu de sa blessure reste un choix. 

© Copyright Annie Francoeur 2015. Tous droits réservés

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